A Response re: Perceptions of northern Mali

Below is a guest post by Thomas Seres, author of ‘The Malian crisis seen from Algeria,’ by Thomas Seres (19 April 2012), focused on views of the conflict in Mali in Algeria’s domestic politics. This blogger wrote a response focused on the piece’s implications for discourses on Algeria’s foreign policy using the piece as a launching pad for discussions of other related issues, especially among Anglophones. This is necessary since this blogger wrote that Seres’s analysis was ‘insufficient’ in getting at Algerian foreign policy on the crisis; he fairly points out that his piece was not about foreign policy even though this blog was eager to use it as a means of discussing that issue. Seres is sharp and points to the flaws in this blogger’s analysis of his as well as points of disagreement and agreement on levels of analysis and the framing of particular problems. The response provides clarifications (especially on certain problems lost in translation, as his English piece was originally in French), rebuttals and arguments which add to the debate on these issuesHis response, in French, is reproduced, unedited below.

Thank you very much for taking the time to make such a long and constructive critic of my paper. I’m so sorry . didn’t see it before. Even if I disagree with some of your criticism, I appreciate your attempt to engage a discussion. Anyway, i’m going to try to answer quickly, in french if you don’t mind.

Tout d’abord, comme vous le remarquez dans votre papier, votre critique est d’abord axée sur mes affirmations préliminaires sur la situation internationale, lesquelles devaient me permettre par la suite de montrer en premier lieu une situation politique interne et une forme d’opportunisme politique du régime. Je ne suis pas spécialiste de la situation géopolitique comme vous, et pourtant je pense que vous faites fausse route dans ce papier, tout à votre désir de mener cette critique contre les spécialistes de la politique extérieure algérienne, ce que je ne suis évidemment pas.

Notons donc tout d’abord une différence essentielle entre votre approche et la mienne. J’essaye autant que possible d’éviter de parler de l’Algérie dans son ensemble. Vous parlez exclusivement de l’Etat algérien, et le considérez d’ailleurs comme un sujet de l’action politique. Cette approche propre aux relations internationale tend à présenter un champ étatique divisé comme un bloc monolithique, ce qui est erroné . L’armée n’est pas le DRS qui n’est pas la Présidence, et ce n’est là qu’une partie de l’assemblage complexe qu’est la coalition qui domine le champ étatique. (nda : lors de votre réponse vous m’avez expliquer votre opinion, qui est bien plus proche de la mienne que je l’avais d’abord compris) Pour le reste, je vais répondre à vos deux parties.

Flawed Assumptions

Je pense qu’ici, il y a une grande part d’incompréhension de mes propos. Ce que je trouve problématique au final, puisque vous avez pris le temps d’écrire des choses sur lesquelles je ne suis pas fondamentalement en désaccord, mais que vous souhaitez apparemment ardemment mettre en cause en insistant sur des non-dits qui, de toute façon, n’avaient pas leur place dans le papier.

Passons maintenant à vos critiques. L’alliance de circonstance (très limitée dans le temps) entre le MNLA et certains groupes radicaux n’a sûrement pas été accueillie favorablement, que ce soit par le régime dans son hétérogénité ou au sein de la population qui, n’ayant pas toujours votre niveau de connaissance sur la question, a d’abord réagi par rapport aux images de combattants étiquetés « djihadistes » faisant route vers Tombouctou. (vous voyez l’importance d’avoir recours à des sujets plus nuancés que l’Algérie). La présence d’AQMI, largement mise en avant par les médias, est un repoussoir dans un pays largement traumatisé par la guerre civile. Je n’ai pas dit autre chose, quoi que vous en disiez.

Sur la question des élections, vous me citez mais ne me lisez pas. Le programme de réforme du gouvernement n’était pas du tout l’enjeu de ces élections, comme le résultat a pu le démontrer. Elles étaient en revanche nettement plus importance dans l’optique de la guerre de succession ouverte au sein du champ étatique algérien (vous voyez encore une fois qu’utiliser l’Algérie comme un  sujet politique est un réflexe de spécialistes des relations internationale, ce qui n’est pas du tout mon domaine. C’est de surcroît peu susceptible d’aider à la compréhension de la situation politique interne, ce qui est mon objet dans ce papier). Dans ce contexte, certaines parties de l’état algérien, et je cite à plusieurs reprises l’aristocratie militaire, ont en effet tout intérêt à disposer du soutien des puissances occidentales. En fait, la situation en Algérie n’intéresse que le régime algérien et les algériens, et c’est tout l’intérêt du rôle de « key player » acquis par l’Etat algérien, et notamment ses composantes sécuritaires, dans la gestion des crises en Libye et au Mali. L’enjeu est justement que personne ne demande autre chose à Alger que la stabilité et une nuisance relativement faible.

En un mot, je le répète, vous me citez mais ne me lisez pas. Ou peut-être est-ce ma traduction qui est mauvaise… Je reste ouvert sur ce point, car je ne prétend pas être infaillible.

Juste un commentaire sur une de vos « assumptions » qui, si je me livre à une critique similaire à la vovtre, s’avère également « flawed » : « Mali fits into a narrative popular in the pro-regime press in Algeria: that 2011 brought multiple, shocking upheavals to the greater Maghreb region, which simultaneously highlight the advantages of Algeria’s relative stability and the dangers of political experimentation and disunity  »

C’est encore une fois un problème de sujet et de non-dit. Je suis en désaccord avec vous dans le sens où cette version n’est nullement limitée au régime et fait sensauprès de large tranche de la population. J’ai ainsi eu l’occasion de conduire des entretiens avec des militants de l’opposition irréductibles qui m’affirmaient qu’un changement brutal était hors sujet, et que le plus important était d’arriver à un changement progressif, sans heurter le régime, pour maintenir la stabilité et éviter un retour des années de braise. Je pourrais multiplier les exemples. Je le répète encore, mon papier avait pour but de montrer comment la situation au Mali renforce le discours d’ordre du régime puisqu’il lui permet de faire sens, d’être objectivé.

Mais peut-être que vous considérez que cette vision est largement partagée et que vous n’avez tout simplement pas jugez bon de rajouter une phrase.

Ceci dit je suis d’accord avec vous quand vous dites que le gouvernement a beaucoup plus joué sur la crise en Libye, parce qu’elle lui a permit de critiquer l’effet « printemps arabe ». Vous remarquez cependant à la lecture de mon papier que, finalement, je parle quasiment autant de Libye que de Mali, et que le but encore une fois est de montrer l’exploitation intérieure de la crise, qu’elle soit libyenne, malienne ou saharaouie.

Problematic Claims

Sur cette partie je vais essayer d’être plus rapide, puisque vous me demandez d’expliquer quelque chose qui n’est évidemment pas le sujet de mon papier.

Notons cependant que vous estimez que mes affirmations sont problématiques tout en les acceptant et en ne le comprenant pourtant pas toujours. Je parle de rente géopolitique ou sécuritaire. Ce qui veut dire que l’Algérie ne cherche pas spécialement à aller au Mali (ce qui est contre sa stratégie de non-interventionnisme, je ne sais plus si j’avais gardé cette précision dans la version finale du papier), mais plutôt à se poser en partenaire incontournable de toute discussion concernant l’avenir de l’espace sahelo-saharien. Cela, je l’ai expliqué suffisamment dans cette partie si l’on se place du point de vue de l’analyse de la situation interne. Je ressens en vous lisant une véritable envie d’en découdre avec le spécialiste des relations internationales que je ne suis pas. Pour être franc, j’ai déjà tout les réticences du monde à me proclamer spécialiste de quoi que ce soit, tant ce terme me semble prétentieux et réducteur.

Notre principal désaccord concerne toujours le sujet de l’action. Vous parlez des ressources du nord-mali et du fait que l’Algérie a sécurisé son accès aux ressources. Mais je ne parle pas de l’Algérie mais des partenaires internationaux de celle-ci, Chine, Etat-Unis et France. Relisez mes phrases et suivez les liens des articles vers lequel je renvoie le lecteur, notamment concernant le nucléaire français.

Sur le rôle de l’Algérie dans la région et sur l’influence étrangère. Je prend certes une position, puisque les liens entre le services algériens et mais je ne parle pas d’« intervention » mais d’« interference », et je suis loin de céder à la théorie du complot. Les liens stratégiques entre l’Algérie et les Etats-Unis sont connus, officiels et assumés de part et d’autres, je laisse qui veut se documenter sur la question.

Quand aux liens entre AQMI et le DRS, vous avez-vous même évoqué l’activité des services dans la région sur les affaires de libération d’otage, preuve que vous avez une certaine idée des liens qui peuvent s’être formés mais que vous préférez me demander de le faire pour vous.

« they fail to provide any support for the claim […] that the Algerian regime has any interest in creating instability in the Sahel »

Je crois avoir parlé de la rente géopolitique dégagée par l’Etat algérien, et notamment l’armée et les services, en tant que partenaire sollicité par les acteurs occidentaux (qu’il s’agisse d’états ou de d’entreprises). Vous me citez d’ailleurs sur ce point pour me critiquer, alors même que je répond par là à votre exigence préalable de fournir des arguments. Malheureusement vous ne m’avez pas compris mon anglais (je le répète sûrement insuffisant mais, néanmoins, dans ce cas, compréhensible) : Je ne dis pas que l’Algérie a besoin de l’argent ou de l’aide militaire occidentale, mais exactement le contraire : ce sont les occidentaux qui sont demandeurs, et l’Algérie qui est en position de force (réserve de devise, partenaire stratégique, ressources dans le sous-sol, tout joue en sa faveur.

Croyez-le bien, dans un marché politique, mieux vaut être du côté de l’offre que de la demande. Vous me demandez-donc ce qu’est la rente que reçoit l’Algérie en échange des services qu’elle peut rendre dans le Sahel. Je vous invite à vous rendre sur le site du Ministère de l’Intérieur et à télécharger la liste des messages de félicitations après les élections de mai 2012 (que vous jugiez déconnectée de la question). Vous verrez que la communauté internationale colle avec application à la ligne du gouvernement algérien.

Ce soutien politique n’a été acquis et entretenu que parce que, vous le dites très bien :

« Algeria has portrayed itself to the west as a country that dealt with the terrorism issue on its own and used this as evidence of their ability to control the state and society, arguing that Algiers can contribute to counterterrorism efforts and not that it needs or seeks tutelage from western governments »

Le pays n’a pas besoin du soutien matériel occidental, c’est même plutôt l’inverse. Pourtant, il cherche le soutien diplomatique et invite des centaines d’observateurs internationaux a ses élections. En fait, ce que tire le régime algérien de cette rente, c’est la reconnaissance et la complaisance, et aussi la participation active des états étrangers au circuit de corruption et de blanchiment d’argent. Vous-même faisiez sur votre blog l’analyse de l’apport de Bouteflika au cartel en terme de contribution au retour d’une forme de respectabilité internationale, laquelle était devenue prioritaire après plusieurs années d’isolement, ne serait-ce que pour faciliter l’évasion des capitaux détournés.

Une dernière fois, vous vous trompez de sujet. L’Algérie en tant que sujet politique n’a sûrement pas besoin des occidentaux. En revanche les acteurs aux commandes des institutions, à la Présidence, dans les Ministères, à l’armée ou au DRS sont très intéressés par toute aide qui pourrait provenir de l’étranger (qu’il s’agisse d’occident ou d’extrême-orient, au demeurant).

Au final, je pourrais continuer la discussion, mais je crois que ma réponse est suffisamment longue pour s’avérer être un repoussoir plutôt qu’une invitation, ce qui serait un gâchis. Je suis d’accord avec vous sur de nombreux point, si ce n’est que je regrette que vous n’ayez pas, apparemment, pris le temps de chercher vous-même des points d’accord.

Je vous souhaite en tout cas une bonne continuation dans votre réflexion, et j’espère avoir l’occasion de discuter avec vous plus avant pour poursuivre l’échange d’idée.

Bien cordialement,

Thomas Serres.